Conception, texte et réalisation Mohamed El Khatib et Patrick Boucheron
Assistanat de projet Vassia Chavaroche
Scénographie Fred Hocké
Image Zacharie Dutertre
Montage Emmanuel Manzano
Son Arnaud Léger
Régie Arnaud Léger, Jonathan Douchet, Zacharie Dutertre, Olivier Lecce, Nicolas Hadot, Madeleine Campa (en alternance)

Production Martine Bellanza
Diffusion Sylvia Courty
Administration Alice Le Diouron
Presse Nathalie Gasser

Une production Zirlib
Coproduction Malraux - Scène nationale de Chambéry Savoie ; la Villette (Paris) ; Théâtre de la Ville – Paris ; Festival d’Automne à Paris ; Théâtre national de Bretagne (Rennes) ; Le Grand T - Théâtre de Loire-Atlantique ; La Comédie de Saint-Etienne-CDN ; Equinoxe - Scène nationale de Châteauroux ; Points communs, Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise.
Avec le soutien de Fusalp

Auteur, metteur en scène et réalisateur, il développe des projets de fiction documentaire singuliers dans le champ de la performance, de la littérature ou du cinéma. À travers des épopées intimes, il invite tour à tour un agriculteur, une femme de ménage, des marins, à cosigner avec lui une écriture du temps présent. Après Moi, Corinne Dadat qui proposait à une femme de ménage et à une danseuse classique de faire un point sur leurs compétences, il a poursuivi son exploration de la classe ouvrière avec la pièce monumentale, STADIUM, qui convoque sur scène 58 supporters du Racing Club de Lens.

Mohamed El Khatib a obtenu le Grand Prix de Littérature dramatique 2016 avec la pièce Finir en beauté – présentée au CDNO en 2015où il évoque la fin de vie de sa mère. Son texte C’est la vie, accueilli au CDNO en 2017 et primé par l’Académie française, vient clore ce cycle sur la question du deuil, qui démontre qu’une comédie n’est qu’une tragédie avec un peu de recul… Enfin, après avoir monté Conversation avec Alain Cavalier et La Dispute tous deux accueillis au CDNO, c’est au cinéma qu’il aborde la question de l’héritage dans son dernier film Renault 12, road movie entre Orléans et Tanger.

Vous êtes historien, professeur au Collège de France, érudit, auteur… Et on vous retrouve sur les planches à parler boules à neige avec le metteur en scène Mohamed El Khatib !
Patrick Boucheron : Ce n’est pas tout à fait du théâtre, nous ne jouons rien d’autre que notre propre rôle. Lui, créateur d’un théâtre documentaire où on ne sait jamais vraiment ce qui est écrit ou improvisé ; et moi, l’historien. Je me sens engagé par les règles du métier d’historien et je n’y déroge pas en l’exerçant de manières différentes. L’histoire déborde, est partout. Elle n’est pas seulement dans les livres. Comme je suis chercheur, je cherche aussi les moyens de la mettre à l’épreuve dans d’autres manières de la raconter.

Pourquoi, diantre, mettre le nez dans les boules à neige ?
P.B. : Mohamed El Khatib m’avait lancé sur l’histoire de l’art, mais j’avais envie de déjouer cette spécialité. De me ressaisir de la question de la culture populaire. Ça a été les boules à neige, objets humbles, presque méprisés. Yvette, la doyenne des supporters de Lens, qu’il a suivie pour le spectacle Stadium, en avait une collection. Et puis, c’était au moment des gilets jaunes, des boules comme des ronds-points, un monde sous cloche…
Il est intéressant de voir comment elles peuvent être le sismographe de nos inquiétudes, de nos espérances et considérer l’histoire de cet objet lié au XIXe, hybride entre la boule de voyante et l’urne funéraire. La neige qui tombe ! C’est un objet qui a à voir avec le deuil, l’autel portatif de fragments de souvenirs et l’idée d’un monde à préserver.
- Propos recueillis par Véronique Escolano pour Ouest-France

Tout est drôle ici, de cette drôlerie qui fait la patte d'El Khatib, cet artiste qu'on aime pour sa façon de tenir délicatement dans une main le ridicule et la tendresse, ou de jouer de soudains écarts d'échelles entre le pathos et le grotesque. Des jeux d'échelles, c'est au fond ce que propose ce petit monde portatif au coin de la cheminée. Et c'est aussi ce que visent l'artiste et l'historien : passer les vies minuscules au miroir grossissant, émettre un doute sur ce qui est vain ou important, renverser la donne entre l'infiniment petit et le démesurément grand.
- Ève Beauvallet, Libération

Dans un dialogue drôle et passionnant consacré aux boules à neige, Mohamed El Khatib et Patrick Boucheron transforment ce gadget populaire en capsule de mémoire mêlant l'intime et le sociétal.
- Patrick Sourd, Les Inrockuptibles

BOULE À NEIGE

MARDI 10 JANVIER 20H30
MERCREDI 11 JANVIER 20H30

1H10 - Plateau de la salle Pierre-Aimé Touchard

Kitsch la boule à neige ?
Entre conférence érudite et drôle de performance intimiste, l'historien Patrick Boucheron et l'auteur-metteur en scène Mohamed El Khatib posent un regard tendre et décalé sur cet universel objet de collection souvent perçu comme parangon du mauvais goût. Au travers d'une myriade de récits, ils interrogent la culture populaire, la notion d'art et sa légitimité mais aussi la capacité de ces mondes miniatures sous cloche à nous émerveiller telle une « conjuration enfantine contre la méchanceté du monde » (Walter Benjamin).

Objets fétiches, avez-vous donc une âme ?

Dans Finir en beauté, Mohamed El Khatib disait à peu près ceci : “Le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont perdu leur mère et les autres”. Rien à voir mais ne pourrait-on pas en dire autant des amateurs de boules à neige ? Il y a ceux qui en possèdent, qui les aiment, les chérissent et les autres, les réfractaires, les allergiques. Levez la main si l’un de vous a quelque part sur une étagère ce petit objet de curiosité, inutile et dérisoire, qui prend la poussière au milieu des bibelots et autres éléments de déco qu’on accumule à tort et à travers au fil des ans ? Saviez-vous que certains vouent une passion inavouable à ce petit fétiche qui tient dans la paume et que l’on retourne tête en bas pour savourer la lente chute des flocons sur le paysage miniature qui s’y tient ? Certains même les collectionnent. Ne riez pas, il n’y a pas de quoi se moquer, c’est une affaire de goût, et peu importe qu’il soit bon ou mauvais, là n’est pas la question. Et il y a bien une raison, même enfouie, si le kitsch a sur certains d’entre nous des vertus apaisantes, réconfortantes, voire consolantes. Une boule à neige, c’est un ersatz de l’enfance, comme ces boîtes à musique que l’on remonte pour regarder tourner un temps donné la petite ballerine qui se niche sous le couvercle. Elle danse et puis s’arrête, suspendue dans son mouvement, de même que la neige tombe et s’immobilise en un tapis blanc. Entre les deux, on rêve, on s’oublie, on échappe au réel, ça n’a pas de prix.

Mohamed El Khatib a une prédilection pour nos engouements populaires (le foot par exemple), les métiers invisibles (femme de ménage, gardien de musée), les sujets impossibles ou super casse-gueule (la mort de sa mère, la mort d’un enfant, la séparation des parents du point de vue de l’enfant). Comme Roland Barthes qui dans ses Mythologiespouvait prendre pour objet d’étude le striptease aussi bien que la nouvelle Citroën, le tour de France ou le bifteck-frites, ce sociologue de formation devenu metteur en scène, est capable d’intégrer dans sa matrice artistique un mouton ou une Renault 12 car il n’y a pas de mauvais sujet qui tienne, tout est affaire de regard posé, d’analyse et de point de vue. Il s’agit donc dans son théâtre de porosité, de faire entrer le réel par la grande porte, de ne jamais regarder les choses de haut, de convoquer tout ce qui aide à penser sans élaborer de hiérarchie, des livres à l’expérience concrète des uns et des autres. Sa matière, il la prélève à la source même de la vie et y ajoute son grain de sel, son humour, sa malice, son espièglerie, pour concocter des formes scéniques réjouissantes qui donnent à réfléchir dans des zones peu ou pas ratissées, sur des terrains plus ou moins incongrus en apparence. En l’occurrence, les boules à neige. Pour ce faire, il invite l’historien Patrick Boucheron à partager le plateau avec lui dans une scénographie circulaire qui répond à la forme de l’objet, démultiplié en une pluralité de versions - c’est son atout, la déclinaison à l’infini de ses modèles - et disposées comme les pièces en vitrine d’un musée, histoire de leur redonner la valeur de nos attachements les plus incompréhensibles, de nos coups de cœur irrationnels. Car si Mohamed El Khatib, de création en création, ausculte avec méticulosité nos pratiques, nos métiers, nos comportements humains, imprégné d’une approche sociologique héritée de sa formation à Sciences Po, il n’en fait pas moins théâtre et trouve toujours le chemin pour qu'advienne une poésie scénique singulière, tendre et subtile, sous l’humour notoire qui le caractérise.
- Marie Plantin


RENDEZ-VOUS

Mardi 10 janvier à 18h
Rencontre avec l'historien Patrick Boucheron
CERCIL - Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv, entrée libre
02 38 42 03 91 ou cercil@memorialdelashoah.org

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