LABO #1 CRÉATION

SUZANNE DE BAECQUE

Mardi 11 janvier 19h30

Mercredi 12 janvier 19h30

Jeudi 13 janvier 18h


Salle le Kid

Suzanne de Baecque, élève de l'École du Nord, devient artiste associée au CDNO. La saison 21/22 sera l'occasion de plusieurs accueils en résidence autour de sa prochaine création. Comme elle le dit elle-même : "La forme est en construction. Je dois encore chercher, revoir, modifier, enlever, ajouter..."

"L’École du Nord, où j’étais élève-comédienne, avait mis en place un atelier de recherche appelé « croquis de voyage » au début de ma troisième année. Le concept de l’atelier, élaboré par Cécile Garcia-Fogel, se résumait en une ligne : pendant un mois, partir en solitaire avec son sac à dos et un projet personnel, imaginé quelque part en France. Au retour de cette immersion assez radicale, en faire naître une forme artistique. Nous étions libres d’inventer tout ce que nous voulions : écriture, théâtre, danse, vidéo, ...

J’avais l’instinct qu’il fallait que je travaille à un endroit inconfortable. Que le but de cet exercice était de me déplacer en tant qu’actrice, que j’expérimente des choses dont je ne me sentais pas capable. Un vertige s’est alors ouvert en moi et je me suis demandée, peut-être sincèrement pour la première fois, quelle actrice j’étais. Mais surtout qu’est-ce qui me questionnait, me dérangeait et me faisait souffrir intimement dans mon métier. Comment je voyais les autres comédiennes aussi. Et quelles lignes je voulais essayer de bouger.

Au quotidien, je suis toujours très intimidée par le regard (celui des hommes en particulier) que l’Autre peut poser sur moi. Et dans ma formation, je me suis souvent interdit de jouer un certain type de rôle. « La jeune première ».
Il y a 4 ans, je passais les concours des écoles nationales de théâtre. Je me souviens de cette période particulièrement angoissante faite de remises en question. Je ne cessais de me questionner sur mon désir de devenir actrice et sur ma capacité à y arriver. J’étais partie me reposer quelques jours chez ma mère qui vit une partie de l’année à Berthegon, un petit village du Poitou-Charentes. Une pause s’imposait. C’était une après-midi, et j’étais en train de faire les courses au Super U de Lencloître, la petite ville la plus proche du village. J’accompagnais mon beau-père. Nous allions passer à la caisse. Pendant l’attente de notre tour, nous feuilletions les magazines. Il y avait une petite affiche, à coté des revues, où il était inscrit quelque chose comme : « Mesdemoiselles, plus que quinze jours pour déposer sa candidature pour l’élection de Miss Poitou-Charentes... ». Mon beau-père s’est alors tourné vers moi et m’a dit avec son second degré légendaire: « Ah bah tiens, si t’as pas tes concours, tu pourras

t’inscrire à miss Poitou ! ». J’en ai eu comme le souffle coupé. Ca y est, elle était là, l’actrice porte-manteau. On venait de mettre l’actrice et la miss dans le même sac. Un métier d’image, de représentation et de communication. Mais quelles étaient réellement leur différence ? C’était de plus une phrase méprisante pour tout le monde. Pour les actrices, qui n’ont pas toutes demandées à être des vitrines et des égéries de luxe. Pour les miss, qui n’ont pas besoin de ce mépris de classe permanent.
Quatre ans plus tard, j’ai repensé au Super U de Lencloître. J’avais trouvé mon projet. Me présenter à l’élection de Miss Poitou-Charentes 2020. En tant qu’actrice. J’avais besoin de vivre l’expérience intimement, de me mettre en scène dans le réel. Infiltrer le comité miss Poitou-Charentes à ma manière, sentir comment le concours transforme mon propre corps. Mais aussi partir un mois en Poitou-Charentes à la rencontre de mes concurrentes. Des jeunes filles de mon âge qui se présentent aux concours de beauté et dont le rêve est de devenir « miss régionale ». Comprendre ce rêve qu’elles ont toutes en commun. Comment en 2020, alors qu’une nouvelle parole féministe est en train de naître, de se libérer, peut-on avoir envie de devenir miss Poitou-Charentes ? Qu' y a-t-il derrière ces corps que l’organisation Miss France fabrique ?
Interroger leur désir. Ce mélange de grande violence et de rêverie : à la fois l’aliénation à des codes machistes et un très grand panache tant ces jeunes filles décident de s’exhiber sous ce regard.

Suzanne de Baecque

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