Texte et mise en scène Emma Dante
Avec Italia Carroccio, Manuela Lo Sicco, Leonarda Saffi, Simone Zambelli
Lumière Cristian Zucaro
Surtitres Franco Vena
Traduction Juliane Regler
Technicienne en tournée Alice Colla
Assistante de production Daniela Gusmano
Production Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa, Teatro Biondo di Palermo, Atto Unico / Compagnia Sud Costa Occidentale, Carnezzeria
Comédienne, dramaturge, metteuse en scène de théâtre et d'opéra, auteure et réalisatrice, Emma Dante développe un théâtre ancré dans l'humain, où le corps occupe une place centrale pour mettre à nu les tensions et les folies des êtres. Avec sa compagnie Sud Costa Occidentale fondée en 1999 et installée dans sa ville natale de Palerme, elle a ainsi créé une vingtaine de spectacles donnés dans toute l'Europe dont, au Festival d'Avignon, Le Sorelle Macaluso (2014), Bestie di scena (2017) et Misericordia (2021).
Néoréalisme italien
Emma Dante s’inscrit dans la tradition du néoréalisme italien, avec une forme purement théâtrale, où le corps est roi, où l’énergie au plateau fait des étincelles et où le langage rugueux d’un italien mâtiné de dialecte raconte la vie autant que ce qui est dit. Les chansons siciliennes, les magnifiques lumières en clair-obscur de Cristian Zucaro, les costumes et les objets aux couleurs vives souvent trouvés dans les poubelles de Palerme : tout fait signe, sans qu’il soit besoin d’en rajouter.
Ce langage taillé dans le vif d’un univers où grand cœur et grande gueule vont ensemble, les trois actrices, Italia Carroccio, Manuela Lo Sicco et Leonarda Saffi, le parlent comme elles le respirent. Quant à Arturo, il est interprété avec tout le décalage requis par le danseur Simone Zambelli, qui en fait un Pinocchio dégingandé et désarticulé, à qui l’amour fera faire de sacrés progrès sur le chemin de la vraie vie.
Tout concourt ici à faire de cette Misericordia bien terrienne un spectacle aussi drôle qu’émouvant, anti-misérabiliste autant qu’il est possible. Avec Emma Dante, on entre dans un paysage humain dans lequel on se sent immédiatement bien, où la norme et l’argent ne sont plus des synonymes du bonheur et où le sentiment de l’existence appartient aux êtres qui le décident, sans qu’on puisse le leur voler d’aucune sorte.
- Fabienne Darge, Le Monde
La poésie brute d’Emma Dante n’a pas d’équivalent, non plus que sa manière d’inscrire sa ville, Palerme, sordide et sublime, dans l’histoire du théâtre. Avec Misericordia, elle offre une de ses plus belles pièces, portée par un regard d’une humanité bouleversante sur trois victimes de la misère sociale et de la violence ancestrale à l’égard des femmes. Sans misérabilisme aucun, la metteuse en scène sicilienne offre à ses trois héroïnes une vitalité irrésistible, qui emporte tout sur son passage.
- Le Monde
1H - Salle Jean-Louis Barrault
Spectacle en italien et sicilien surtitré en français
Présenté au Festival d’Avignon 2021, Misericordia d'Emma Dante, artiste sicilienne et figure de premier plan du théâtre européen, raconte le quotidien de trois prostituées, Anna, Nuzza et Bettina. En dépit de leurs souffrances, elles aiment et élèvent ensemble Arturo, un jeune garçon orphelin et handicapé, unies pour survivre à la misère telle une famille recomposée aimante et attachante, aux éclats de voix ponctués d'élans de tendresse.
Entre humour et gravité, ce spectacle célèbre l’amour, la vie et la mort rendant un hommage vibrant aux femmes et aux mères qui, réduites à l'indigence, soumises à l'injustice, puisent au fond d’elles la force de résister, de combattre et d’aimer.
Maternités
Héritière du théâtre dansé de Pina Bausch, Emma Dante a le don de faire parler les corps, les groupes, les femmes, dans des partitions physiques brutes et tendres, violentes et drôles, arrimées à une esthétique dépouillée qui ne s’embarrasse ni de psychologie ni de réalisme. La metteuse en scène sicilienne aime faire crisser les tabous, donner à voir et à entendre des héros et héroïnes du quotidien, des êtres en lutte, aux émotions exacerbées, secoués de crises paroxystiques, de disputes mémorables, de chagrins noueux et de rires abrasifs, déflagrations salutaires pour survivre à la misère. Révéler la nudité des âmes. Artiste au tempérament trempé, Emma Dante s’est toujours délestée de la pudeur et des bonnes mœurs, dépliant corps et confessions sur des plateaux nus ou presque, avec ce même souci de creuser les vies de ses semblables, gratter la croûte et le vernis, éplucher rêves, cauchemars et la réalité qui colle toujours un peu trop à la peau. Regarder sous la surface, derrière les portes et volets fermés, les sourires de façade, ce qui se trame dans les recoins de nos existences cabossées, nos drames intimes et inavouables. L’univers d’Emma Dante est souvent cru, il explore les bas-fonds, la bestialité de l’être humain, le désir criant et la mort qui rôde et frappe à la porte des familles.
Avec Misericordia, son dernier opus, nouvelle pierre d’une œuvre qui ne fait qu’amplifier, se densifier, gagner en maîtrise et en liberté, elle s’attaque à la maternité mais comme à son habitude, ne fait rien dans les règles, déjoue les normes et dynamite la cellule familiale. Ici, elles sont trois mères à prendre en charge un enfant qui n’est pas le leur. Leur amie, la mère biologique, n'est plus de ce monde. Alors elles prennent le relais, sans se poser de questions. Cet enfant, elles l’élèvent comme elles peuvent, sans moyens mais solidaires. Et elles ont de l’amour à revendre quand bien même cela ne saute pas toujours aux yeux. Chacune à sa manière tient son rôle maternel. Les femmes ici, comme souvent chez Emma Dante, ont la part belle, elles se battent et se débattent, ne lâchent jamais l’affaire, pétries de miséricorde, fortes, tenaces, terriblement vivantes. Les violences conjugales et la précarité couvent aussi dans ce récit de débrouille et d’espoir, tissent une toile de fond sociale qui vient ranimer le souvenir du cinéma italien d'après-guerre.
Dans ces tableaux mouvants et palpitants, on retrouve les motifs qui traversent les spectacles d’Emma Dante, les corps offrandes, tourmentés et dansants, exaltés dans leur puissance et leur vulnérabilité, ce goût de la frise et de la frontalité, cette façon de faire naître des images pleines, denses, vibrantes, jamais déconnectées de l’organicité intime qui nous meut.
- Marie Plantin
Mardi 31 janvier à l'issue de la représentation
Rencontre avec l'équipe
Atelier du CDNO
Dimanche 29 janvier à 18h
LES NUITS DE CABIRIA (1957)
de Federico Fellini
- au Cinéma Les Carmes
Jeudi 2 février à 19h30
HEUREUX COMME LAZZARO (2018)
d'Alice Rohrwacher
- au Cinéma Les Carmes