Adaptation Amir Reza Koohestani, Massoumeh Lahidji et Keyvan Sarreshteh
Texte Amir Reza Koohestani et Keyvan Sarreshteh
Mise en scène Amir Reza Koohestani
Traduction Massoumeh Lahidji
Scénographie, lumière Eric Soyer
Vidéo Phillip Hohenwarter
Création musicale Benjamin Vicq
Costumes Marie Artamonoff
Assistanat à la mise en scène Isabela De Moraes Evangelista
Fabrication décor Atelier de la Comédie de Genève
Production Comédie de Genève
Coproduction Odéon-Théâtre de l'Europe - Paris, Théâtre national de Bretagne - Rennes, Fondazione Teatro Metastasio di Prato, Mehr Theatre Group, Festival d’Avignon, Maillon Théâtre de Strasbourg - Scène européenne, Triennale Milano Teatro
Amir Reza Koohestani est né à Shiraz (Iran) en 1978. Il est considéré comme l'un des plus importants auteur-metteur en scène iranien de sa génération. Après une brève expérience en tant qu'interprète, il se consacre à l'écriture de ses premières pièces dont The Murmuring Tales (2000), saluée par la critique à Téhéran lors du 18ème Festival International de Théâtre FADJR.
En 2001, il fonde le Mehr Theatre Group à Téhéran, dont la première pièce, Dance on Glasses, lui donne une reconnaissance internationale. Après avoir étudié à Manchester au Royaume-Uni pendant plusieurs années, il retourne en Iran. A travers ses créations, il est un acteur majeur de la résurgence du théâtre dans son pays.
En février 2012, le film Modest Reception dont le scénario a été coécrit par Amir Reza Koohestani et Mani Haghighi remporte le Netpac Award au Festival International du Film de Berlin.
Au cours des quinze dernières années, les œuvres d'Amir Reza Koohestani ont été présentées dans de nombreux pays en Europe. Amid the Clouds, Timeloss and Hearing (2015) ont été jouées en Iran, au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles, au Wiener Festwochen, au Festival International de Théâtre d'Oslo, au Zürcher Theater Spektakel, au Festival Santarcangelo en Italie ou encore au Festival d'Automne à Paris, entre autres.
Ses pièces sont remarquées pour leur style poétique et explorent avec un symbolisme critique la vie quotidienne de personnages pris dans le tourment de leur environnement.
PAROLE D'EXILS
Du récit d'Anna Seghers, Amir Reza Koohestani garde l'état de stupeur devant l'absurdité assassine ainsi que des arêtes narratives. Son talent – celui aussi de son scénographe Eric Soyer - est de penser le temps et l'espace comme inextricablement liés. Dans un hall gris dessiné d'une main de géomètre - avec son mobilier minimal et fonctionnel - sur une bande-son qui distille son inquiétude, la comédienne Mahin Sadri joue Amir Reza Koohestani, ce jour de 2018 où un douanier l'informe que ses papiers ne sont plus valables. L'autre actrice, qui endosse le rôle du fonctionnaire, est filmée et son visage apparaît en très gros plan sur la paroi du fond, comme pour suggérer la néantisation soudaine du voyageur. C'est le dispositif du Procèsde Kafka. Un individu est sommé à l'improviste de rendre des comptes, présumé coupable d'une faute qu'il ignore (...)
La réussite alors du spectacle ? L'artiste et sa bande construisent une nasse, où tout est glissement, où le présent est poreux, le passé fracturé, les identités labiles ; où les comédiennes passent d'un rôle à l'autre sans prévenir, comme si tout était mu ici par un principe d'incertitude. L'ordonnance d'un
système avec ses règlements, ses délais, ses paperasses, n'est que le masque policé d'une intolérance à l'autre. L'excès de formalités est une façon sophistiquée d'éliminer le corps étranger.
- Alexandre Demidoff, Le Temps
Pour En transit, Amir Reza Koohestani décide de réunir le témoignage de sa mésaventure et l'histoire chorale d'Anna Seghers dans une même temporalité. Dans ce fil à fil se nouent les intrigues d'une seule et même histoire qui reste inchangée entre hier et aujourd'hui. Sachant qu'il n'a pas de légitimité à s'ériger en représentant des émigrés contemporains, c'est d'abord en poète qu'il tisse ces récits pour partager avec nous des sensations intimes et nous faire toucher du doigt la panique intérieure liée au fait d'être pris entre les mâchoires d'un piège inextricable.
- Patrick Sourd, Théâtre(s)
Superposant les époques, le spectacle se révèle un vertigineux labyrinthe spatiotemporel mêlant espace concret et espace mental, où les effets de miroirs et les jeux de caméras démultiplient personnages et points de vue. Cet univers en clair-obscur hanté par le désir de départ vers un avenir inaccessible, acquiert bientôt une dimension poétique voire métaphysique, où la notion de « transit » prend un sens plus large, dont témoignent ces mots de Seidler : « Pour la première fois, j'ai alors réfléchi sérieusement à tout, au passé, à l'avenir, aussi impénétrables l'un que l'autre, et même à l'état qu'on appelle, en style consulaire, le transit, et dans le langage ordinaire, le présent ». Admirablement construit et mené de main de maître, un spectacle soufflant.
- Hughes Le Tanneur, Transfuge
CRÉATION 1H20 - Salle Jean-Louis Barrault
Spectacle multilingue surtitré en français
En 2018, alors qu’il se rend au Chili, le metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani est mis en garde à vue lors d'une escale à Munich puis renvoyé à Téhéran par la police des frontières. Motif ? Etre resté cinq jours de trop dans l'espace Schengen, dû à l’inexplicable délivrance de deux visas différents à son nom.
Dans une salle d'attente déshumanisée inspirée de cette mésaventure kafkaïenne, et autour de la lecture par l'une des protagonistes de Transit d'Anna Seghers, roman sur les exilés de la Seconde Guerre mondiale, se croise tout un monde où plusieurs langues se répondent au cœur d'un système administratif absurde et désincarné qui ouvre sur le tragique. Spectacle présenté au Festival d'Avignon en 2022.
Amir Reza Koohestani : Absolument. La situation dans laquelle je me suis retrouvé en 2018 était absurde, risible même à plus d’un titre. Je me suis trouvé coincé à l'aéroport de Munich alors que depuis plus de 20 ans je présente en Europe, et notamment dans cette même ville de Munich, des spectacles dans lesquels apparaissent toujours des personnages obligés de partir, des êtres en transit.
C'était non seulement absurde parce que je me retrouvais dans la situation de mes personnages, mais surtout risible parce que je me suis demandé à quoi ça sert de monter des pièces qui traitent de ces questions. Tout le monde vient faire clap clap, c'est merveilleux, c'est très bien, on est tous d'accord sur le fond, mais finalement rien ne change. La personne qui me coince à l'aéroport ne vient pas voir ces pièces-là. À travers l’absurdité de la situation dans laquelle je me suis retrouvé, c’est l’absurdité de tout ce à quoi je croyais qui m’a sauté aux yeux : toute cette production artistique, tout ce débat, toute cette réflexion ne change strictement rien à rien, n'a aucune influence sur la réalité des faits qui restent les mêmes.
Dans le roman de Anna Seghers il y a un personnage qui incarne à elle seule l’absurdité des situations auxquelles sont confrontés les hommes et les femmes bloqués dans ces zones de transit. C’est la femme aux deux chiens, que rencontre Amir, mon double dans la pièce. Une femme soumise à une situation rocambolesque. Pour obtenir son visa pour l’Amérique, il lui faut une attestation de bonne conduite témoignant qu’elle n’a jamais détourné d'argent, qu’elle maudit le pacte germano-soviétique, n’a jamais eu la moindre sympathie pour les communistes et n'en aura jamais, qu’elle ne reçoit pas d'homme dans sa chambre, bref qu’elle a toujours mené et mènera toujours une vie irréprochable. Elle l’obtient d’un couple d’Américains à qui elle promet en échange de s’occuper de leurs deux chiens et de les ramener en Amérique. Mais les deux chiens deviennent eux-mêmes un obstacle pour embarquer tout en étant la condition pour obtenir un visa. Alors elle continue à les bichonner et les nourrir alors qu’elle-même n’a pas de quoi manger. Y a-t-il une meilleure définition de l’absurde ? Cet absurde ouvre sur le tragique.
En Transit se situe entièrement à la frontière, dans un non-lieu comme vous dites. Les personnages qui s’y croisent parlent tous et toutes des langues différentes – français, anglais, farsi et même portugais. Vous insistez sur le brouillage des langues, qui empêche de se parler mais permet parfois de se comprendre malgré tout.
Oui, le langage ne m'intéresse que pour m’en débarrasser parce qu’il est, pour moi, ce qui empêche l'accès à la personne.
Raison pour laquelle j'écris toujours des textes qui sont imparfaits, lacunaires, faits de bric et de broc, pour que le personnage ne soit pas enfoui sous le texte. En cela, je reste très influencé par Beckett, par son désir d’effondrement de la langue, son effort de simplifier la parole jusqu’au point où il serait possible de s’en dispenser.
Mes comédiennes, tout comme les personnages de la pièce, ne parlent pas toutes la même langue, et c’est très intéressant, parce qu’en l’absence du confort que procure une langue commune, nous devons trouver d’autres moyens pour nous comprendre.
- Propos recueillis par Arielle Meyer MacLeod, pour la Comédie de Genève
Jeudi 16 mars à l'issue de la représentation
Rencontre avec l'équipe
Atelier du CDNO
Dimanche 19 mars à 18h
TRANSIT
de Christian Petzold
- au Cinéma Les Carmes